Discours

Conférence Économique Internationale des Amériques | Toronto Global Forum
Allocution de Monsieur Jean Henry Céant Premier Ministre de la République d’Haïti
Mercredi 12 Décembre 2018
Mesdames, Messieurs
C’est un bonheur pour moi de prendre la parole à l’occasion de la douzième (12ème) édition de la Conférence Économique Internationale des Amériques dans cette chaleureuse ville de Toronto. Je me sens chez moi, en raison des liens durables et puissants qu’Haïti entretient avec l’ensemble des pays du continent. Deuxième territoire indépendant de l’Amérique, Haïti a été dans un échange constant avec son environnement géographique. Nos idéaux de liberté et d’égalité ont alimenté les transformations politiques de l’Amérique latine tandis que les courants libéraux en économie ont influencé le monde haïtien des affaires. De nos jours c’est une jeunesse avide de transformations qui se lance à la conquête de cette nouvelle frontière que constitue l’univers des technologies de l’information et de la communication. C’est cette jeunesse qui prend le relais de ces échanges fructueux, sans oublier l’apport de notre diaspora ou des entreprises internationales installées chez nous.
Je remercie le Gouvernement Canadien pour l’accueil chaleureux guidé par la force de l’amitié entre nos deux peuples. Il n’y a pas meilleur témoignage de la qualité de notre coopération. Je remercie profondément les organisateurs émérites de ces assises pour l’invitation qui m’est faite, en particulier le Président Nicholas Remillard et toute cette belle équipe qui a rendu possible cette apothéose.
Vous comprendrez que je puisse être plus long dans mes propos que les autres intervenants en raison des particularités de mon pays.
Le Toronto Forum Global qui nous réunit cette semaine est un haut lieu de dialogues constructifs et de partage d’expériences. Un espace de promotion de solutions innovantes porteuses de réponses adaptées aux défis économiques des peuples du continent américain.
La thématique du Forum cette année : « S’adapter à un monde en perturbation / Navigating a world in disruption » est en harmonie avec les interrogations qui traversent nos sociétés. Les entreprises qui ne s’adaptent pas au changement disparaissent, les pays qui ratent les révolutions économiques reculent.
Aujourd’hui il est clair que notre continent a fait des progrès sociaux, économiques et technologique extraordinaires. Le continent peut s’enorgueillir aussi d’avoir facilité d’énormes partenariats économiques et commerciaux et des mouvements de capitaux importants du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. Toutefois, il y a encore du chemin à parcourir, des défis à relever dont le changement climatique, la transition énergétique et la lutte contre les inégalités socio-économiques.
Ma présence est l’expression d’une volonté claire de mon pays de se rapprocher davantage des différents peuples du continent et de se repositionner sur le marché global tout en nous orientant vers des objectifs collectifs et des consensus incontestables sur la croissance partagée, le bien-être collectif et l’économie verte entre autres.
La gestion du changement s’impose à moi et à mon gouvernement comme cadre de réussite. Le Président de la République, SEM Jovenel MOISE, a fait choix de moi comme Premier Ministre dans un contexte particulier afin de conduire une réforme économique basée sur les principes de transparence et de justice sociale. De fait, bousculer les forces conservatrices du secteur privé et celles du secteur public pour s’adapter aux standards internationaux m’a conduit à construire un leadership basé sur un dialogue socio-politique inclusif et participatif. Si le changement comporte des risques, le changement est surtout corolaire d’opportunités.
Notre histoire, nos valeurs, l’inspiration des succès économiques de notre continent, notre dynamisme et notre volonté de réussir vont nous permettre de triompher et ainsi arriver à combler les attentes de notre peuple, rattraper les retards et offrir aux générations futures une Haïti prospère, économiquement stable et socialement juste.
Nous voulons nous repositionner sur le marché régional et global comme un acteur, un partenaire d’affaires et une terre d’opportunités. Aujourd’hui, Haïti a besoin de beaucoup plus d’investisseurs pour grossir le nombre de ceux qui sont déjà sur place et qui performent. La croissance partagée et les investissements sont les remèdes destinés à vaincre l’extrême pauvreté et à combattre les inégalités.
Les atouts de notre pays sont beaucoup plus nombreux que ses désavantages, ses opportunités plus grandes que les menaces. La réalité est beaucoup plus séduisante que la perception.
En ce sens, je voudrais partager avec vous les opportunités d’investissement en Haïti et les dispositions prises pour mitiger les risques y relatifs. Outre le textile qui fait l’objet d’un accord préférentiel qui exempte Haïti des droits de douane lors de l’entrée des produits aux États-Unis, il existe des secteurs ayant un fort retour sur investissement. Je peux citer à titre d’illustration
1) la bio-agriculture ;
2) les infrastructures résilientes ;
3) le tourisme culturel.
L’une de nos premières préoccupations est comment nourrir durablement la population en s’adaptant aux effets du changement climatique. La variabilité intense du climat met en péril dans l’Amérique et les Caraïbes d’une part la production agricole, les infrastructures, d’autre part, elle entraine la perte des investissements et elle augmente la vulnérabilité des populations rurales. L’organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture révèle que d’ici l’année 2100 les rendements diminueront abruptement en Amérique du Nord et près de 40 % des mangroves sont menacés d’extinction dans l’Amérique Latine et les Caraïbes.
Haïti se tourne vers l’avenir en s’engageant dans une agriculture biologique par la maitrise des eaux de surface. D’abord le gouvernement a recensé 150,000.00 hectares de terres arables propres à l’agriculture biologique. Ensuite, nous avons identifié les infrastructures de gestion d’eau nécessaires telles que barrage et autres ouvrages de retenus afin de capter 4 milliards de mètres cubes d’eau qui vont directement à la mer chaque année. Nous avons établi quatre grandes zones de production agricole avec des infrastructures de base et nous construisons les routes reliant ces zones directement aux marchés, aux ports et aéroports pour faciliter le commerce intérieur et l’exportation des produits. De l’accompagnement financier et non financier sont en train d’être donné pour mettre d’autres produits d’agriculture biologique comme la patate douce, le piment, le haricot sec, les pois, le maïs, les carottes et autres légumes racines sur les marchés de la région et du monde dans un futur proche. Une agriculture bio qui s’associe au développement progressif de l’économie verte et bleue qui doit devenir notre marque dans la région.
Pour les fruits et légumes, Haïti offre une grande opportunité d’investissement pour l’agriculture bio du futur. Nous sommes le premier exportateur de mangue de la Caraïbe vers les États-Unis. Aujourd’hui le café et le cacao bio haïtien sont un produit de haute gamme des restaurants d’Europe et d’Amérique. Le Cacao d’Haïti a reçu un « Cacao Awards » au salon du chocolat de Paris de 2015 et est reconnu comme l’un des chocolats les plus excellents au monde.
La République d’Haïti dispose de plus de 1500 kilomètres de côte avec un potentiel extraordinaire de développement des activités économiques liées directement à la mer et l’utilisation des produits de la mer comme source de revenus. La sous-région des Caraïbes qui comprend Haïti est considérée comme l’une des régions marines les plus biologiquement diversifiées au monde, avec plus de 13 000 espèces végétales, 12 000 espèces de poissons et autres espèces marines ainsi que 10% des récifs coralliens du monde. Donc, développer l’économie bleue est un moyen sûr pour nous de dynamiser l’économie des communautés des villes côtières, de promouvoir la croissance des secteurs productifs existants, de s’étendre aux industries bleues émergentes et d’améliorer la sécurité alimentaire.
Parlant d’économie verte, depuis 2016, en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), le gouvernement Haïtien avait procédé au lancement d’une étude sur les filières agricoles et le verdissement de l’économie. Dans ce contexte de menaces climatique et de détérioration de l’environnement, les activités d’économie verte s’imposent déjà à nous. Nous en sommes conscients et nous travaillons fermement pour transformer notre économie et la rendre moins vulnérable, plus durable. Nous n’avons pas le droit de rater cette transition.
Parallèlement aux investissements agricoles et d’économie verte, des mesures ont été prises pour améliorer l’accès et la qualité de l’énergie sur tout le territoire. La transition énergétique vers le solaire, l’éolien et d’autres sources d’énergie alternatives commence à porter des fruits dans multiples communes qui n’ont jamais vu de courant électrique avant. Des dispositions douanières depuis octobre 2017 ont été mises en vigueur notamment avec les droits de douanes zéro pour l’importation des équipements et matériels utilisés dans la production de l’énergie renouvelable.
Toutes ces initiatives et tant d’autres sont en train d’être prises dans un environnement d’affaires qui évolue et qui s’améliore chaque jour avec un code d’investissement et de nouvelles lois qui encouragent les affaires. Les avantages incitatifs, les privilèges fiscaux et la disponibilité de terrains pour des activités productives sans compter le financement à des conditions préférentielles constituent des atouts majeurs pour des investisseurs locaux et étrangers. Nous travaillons sur une réforme fiscale visant à alléger davantage les procédures pour booster les activités de création d’entreprises.
Les infrastructure routières, portuaires et aéroportuaires s’améliorent de jour en jour pendant que la pénétration de l’internet facilite l’éclosion de multiples Start Up technologiques qui viendront dans un futur très proche transformer les techniques et les méthodes de production.
Sous le leadership du Président de la République, son Excellence Jovenel Moise, notre reforme énergétique vise à diminuer le tarif de l’électricité à un prix régional compétitif pour les entreprises et à fournir un réseau électrique stable qui s’adaptera aux risques de catastrophes naturelles les plus fréquentes de la région Caribéenne. A cet effet, nous choisissons un mix énergétique où on retrouve l’hydro, le solaire, l ́éolien et le gaz naturel.
De même pour se protéger à l’avenir de la fluctuation de l’essence fossile, nous sommes en train de changer notre système d’irrigation à être fonctionnelle à base d’énergie renouvelable.
Améliorer la connectivité est essentielle pour nous comme pays insulaire pour faciliter le commerce et s’adapter à l’innovation. Nous investissons dans les routes, ports, aéroports afin de faciliter le commerce international. Notre gouvernement est ouvert au partenariat public privé (PPP) dans ces domaines et à une équipe dédiée pour travailler avec les investisseurs.
Nous avons investi dans des programmes visant à désenclaver les zones de production rurales afin d’amener les produits aux marchés, aux ports et faciliter la connexion interurbaine. Outre ces infrastructures de base, le Gouvernement investit dans les Start Up technologiques qui viendront dans un futur très proche transformer les techniques et les méthodes de production.
Le secteur minier aujourd’hui fait l’objet de beaucoup de recherches devant attirer les investisseurs. Les prospections et les poches d’exploitation témoignent de l’intérêt que suscite le secteur.
Je voudrais vous entretenir aussi du développement du tourisme culturel Haïtien. La stratégie de notre industrie touristique consiste à continuer de construire sur nos atouts et d’émerger comme la première destination de tourisme culturel et de patrimoine de la Caraïbe. Disposant d’une histoire riche, d’imposants monuments historiques et d’un patrimoine immatériel extraordinaire avec sa musique racine, sa cuisine créole et son artisanat hors pair, Haïti a le potentiel culturel, historique et touristique pour être une plaque tournante de la Caraïbes et de la région. Ceux et celles qui ont déjà visité le pays peuvent en témoigner. Donc, plus que jamais Haïti est ouvert aux investisseurs et aux voyageurs intéressés au tourisme culturel et historique, qui est à la fois original, typique et durable. Un tourisme qui a cette capacité de profiter au maximum aux communautés, plus que le tourisme de masse. Mon gouvernement met les bouchées doubles pour renforcer cette référence régionale à travers la participation à des salons, la facilitation de tours opérateurs et l’établissements d’infrastructures touristiques et l’amélioration continue du branding du pays.
Malgré les changements politiques des années passées, le tourisme balnéaire a maintenu sa croissance. Par exemple au pôle balnéaire de Labadie dans le Nord du Pays, le nombre de croisiéristes est passé de près de 400,000 en 2011 à plus de 800,000 aujourd’hui. Ainsi, l’un des axes de notre stratégie de croissance de l’industrie touristique est le développement de trois iles : l’ile à Vache pour le tourisme de luxe, l’ile de la Tortue pour le tourisme à thème sur la piraterie et l’ile de La Gonâve pour le tourisme de plaisance. Le développement de ces îles présente le même atout de succès que le pôle balnéaire de Labadie sur la base d’un ‘’branding’’ propre, d’une destination spécifique et d’infrastructures indépendantes de la capitale politique.
Nous possédons les mêmes atouts que les pays de la Caraïbe. Toutefois nous nous distinguons du tourisme de plage et de soleil par l’émergence d’un tourisme culturel et de patrimoine. Haïti dispose de plus de 200 monuments à haute valeur culturelle, historique ou architecturale et de 27 kilomètres carrés de parc historique déclaré patrimoine historique de l’humanité par l’Organisation des Nations- Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). La richesse immatérielle (première révolution d’esclaves à succès, une culture riche et diversifiée) couplée au patrimoine architectural donnent un avantage compétitif de tout investissement dans le domaine touristique. La commémoration des 350 ans de la ville historique du Cap Haïtien en 2020 offre aux investisseurs une gamme de projets à forte rentabilité que je vous invite à discuter avec mon gouvernement.
Mesdames, Messieurs
Plus l’innovation, plus le changement bouillonne, plus intense doit être le dialogue entre le leadership et les employés de l’entreprise ou entre les différents acteurs de la société dans le pays. En Haïti nous avons fait le choix de conduire un dialogue constructif afin de nous assurer du succès des réformes économiques et sociales. Tous les moyens de communication seront utilisés afin de nous assurer que notre vision est partagée et qu’elle rassemble par-delà cette vision nos différences et nos différends.
Haïti s’engage à jouer son rôle dans le marché régional des Amériques et à discuter avec les partenaires du continent. Nous sommes reconnaissants aux peuples et institutions de la région qui ont toujours supporté Haïti et qui s’engagent pour une prospérité partagée entre les peuples du continent.
Je formule le vœu de recevoir beaucoup de chefs d’entreprises présents à cette 12ème édition de Toronto Global Forum en Haïti et je souhaite que cette édition porte les leaders du secteur public et du secteur privé à trouver des solutions innovantes, économiquement et socialement justes pour tous.
Ensemble, relevons les défis.
Que cette édition du forum puisse apporter de la lumière et de l’inspiration pour une Amérique plus prospère, plus forte économiquement et plus juste.
Merci
Jean Henry Céant Premier Ministre de la République d’Haïti

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